Au Rwanda, les abeilles sans dard, localement appelées Ubuhura, sont traditionnellement considérées comme des abeilles à faible valeur économique. Souvent associées aux « abeilles des bergers », elles restent moins connues et moins valorisées que les abeilles domestiques. Cette perception peut conduire à des pratiques de récolte du miel qui détruisent les colonies, compromettant ainsi leur survie et leur capacité à contribuer aux écosystèmes.

Pourtant, les abeilles sans dard jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des cultures, la conservation de la biodiversité et le maintien de la santé des écosystèmes. En favorisant la reproduction de nombreuses plantes sauvages et cultivées, elles contribuent indirectement à la production alimentaire et à la résilience des paysages agricoles. Elles produisent également un miel nutritif et traditionnellement valorisé, dont les propriétés et le potentiel commercial suscitent un intérêt croissant.

Cependant, ces pollinisateurs sont confrontés à des menaces croissantes. L’expansion des terres agricoles, la déforestation et la dégradation des habitats naturels réduisent les sites de nidification disponibles, notamment les cavités et les arbres creux qui servent d’abris aux colonies. La protection des abeilles sans dard nécessite donc non seulement de préserver leurs colonies, mais également de protéger et restaurer les habitats dont elles dépendent.

Face à ces défis, l’Association pour la Promotion du Développement Intégré (ARDI), dans le district de Huye, a lancé une initiative de recherche-action consacrée à la conservation et à la domestication des abeilles sans dard. L’objectif est d’explorer leur adaptation à des ruches artificielles et de développer des méthodes permettant de gérer les colonies de manière durable, sans les détruire lors de la récolte du miel.

ARDI :  L’initiative de recherche action sur les abeilles sans dard

La recherche porte notamment sur l’adaptation des abeilles aux ruches artificielles, le développement des colonies, les pratiques de gestion et la production annuelle de miel. Les connaissances générées devraient contribuer à l’élaboration de pratiques d’élevage adaptées au contexte local et susceptibles d’être reproduites par les agriculteurs.

Au-delà de la conservation des pollinisateurs, cette initiative cherche à créer un lien entre biodiversité, agriculture, recherche et moyens de subsistance. Le développement de l’élevage des abeilles sans dard pourrait offrir aux communautés rurales une activité économique complémentaire tout en renforçant les services de pollinisation dans les paysages agricoles.

À travers cette approche de recherche-action, l’ARDI ambitionne de faire de Huye un territoire d’apprentissage, où chercheurs, agriculteurs et communautés collaborent pour mieux comprendre les abeilles sans dard et les écosystèmes qui les soutiennent.

L’objectif est clair : contribuer à la conservation des pollinisateurs tout en explorant des solutions durables pour améliorer les moyens de subsistance des communautés rurales. Les enseignements tirés de cette expérience pourraient, à terme, contribuer à renforcer les approches de conservation de la biodiversité et des pollinisateurs au Rwanda.